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Le factoring, offre complémentaire au financement bancaire/ Hicham Daouk

Qu’elle soit de grande ou de petite taille, l’entreprise a pour souci majeur de veiller à l’équilibre de sa trésorerie. La tâche est loin d’être aisée, souvent compliquée et rendue encore plus ardue par les créances en souffrance. Le recouvrement du poste « Client » est de ce fait un élément clé. L’externalisation de cette fonction fait son chemin et plus nombreuses sont les entreprises qui y font appel.


Un outil de gestion de son portefeuille clients
Des factures immédiatement financées et évoluant au même rythme que le chiffre d’affaires : c’est ce que souhaite tout entrepreneur. La réalité est malheureusement loin d’être aussi rose. Les créances sont souvent récupérées bien après les échéances et ces temps de crise, où les liquidités font défaut, n’arrangent guère les choses.
Véritable casse-tête, la gestion des créances est pourtant le nerf de l’entreprise. Du moins de sa trésorerie. Depuis quelques années déjà, les entreprises ont commencé à externaliser cette fonction auprès de sociétés financières spécialisées. C’est ce que l’on appelle le factoring ou affacturage dont l’objectif est double, soulager la trésorerie de l’entreprise et lui permettre de se concentrer sur son métier de base.


La première étape est d’établir un contrat de factoring entre l’entreprise et le factor (ou société de factoring). Trois acteurs interviennent : l’entreprise qui fait appel au factor. Celui-ci traite alors avec le client pour recouvrer la créance.
Le contrat liant l’entrepreneur au factor permet de clarifier les relations et d’éviter que des litiges ne surviennent. Il doit donc être le plus transparent possible.

Un poste client totalement sécurisé, une garantie à 100% des risques d’impayés 
Plus concrètement, l’entreprise transfère au factor l’ensemble de ses créances. Celui-ci en devient propriétaire et lui garantit le paiement. Le client est totalement pris encharge par le factor, gérant la nouvelle relation avec le client, du moins en ce qui concerne l’aspect financier.
Les créances de l’entreprise sont dorénavant comptabilisées chez le factor. Il gère aussi bien les paiements dans les délais que ceux retardataires. Les pertes éventuelles dues à des débiteurs insolvables, sont également supportées par le factor.
Pour les adeptes de l’externalisation, cette solution est proposée comme un avantage certain puisqu’elle permet à l’entrepreneur de ne plus se tracasser avec les retards de paiement et donc le déséquilibre de ses comptes.
Vu ainsi, le factoring est la solution idoine. Seulement, il a un coût que l’entreprise qui y fait appel doit supporter. Or, faisant souvent partie des entreprises ayant des problèmes de trésorerie importants, la PME, grâce à cette externalisation, s’assure d’être payée et de disposer des ressources nécessaires pour la bonne marche de l’entreprise. Ce qui n’est pas le cas des grosses entreprises qui disposent d’un cash flow ou de possibilités de financement notamment de leur banque.
Une mobilisation immédiate des créances pouvant atteindre 95% du montant global
Dans la pratique, conclure un accord de factoring est tout de même soumis à des conditions.
Le factor s’assure d’abord que les créances de l’entreprise sont solvables. Il est, en effet illogique de payer à l’entrepreneur des créances qu’il est presque sûr de ne pas récupérer. Le factor minimise ses risques après avoir fait une étude des clients de l’entreprise.
Lorsque l’analyse du risque est positive, il verse à l’entreprise 85 à 95% du montant des créances avant de les avoir encaissées.
Dans certains cas, la créance mérite d’être assurée. Le factor fait alors appel à une police d’assurance. Il existe sur le marché des organismes spécialisés dans l’assurance de créances ou l’assurance-crédit.
Pour l’entreprise, le factor assure aussi le service contentieux en cas d'insolvabilité des clients.

 

Comment rémunérer son factor ?
Le recours à une société de factoring n’est bien entendu pas gratuit. Tout service a un coût. Celui-ci peut être double.
Le factor perçoit d’abord une commission d'affacturage qui rémunère le service de recouvrement et éventuellement l'assurance crédit. C’est l’entreprise qui lui verse. Les deux intervenants la déterminent et la précisent contractuellement.
Cette commission est prélevée à chaque transaction (cession de créances) et basée sur un taux (fixe ou variable) ou un forfait. En outre, une commission de financement qui rémunère l'avance sur la trésorerie, est attribuée au factor.

Le factor peut bloquer une partie du montant des créances cédées pour constituer un fond de garantie qui permet de faire face aux impayés, ou pour se prémunir d'un éventuel droit de préemption (URSSAF par exemple). La somme bloquée, proportionnelle au montant de créances cédées, est restituée à l'expiration du contrat.
En somme, il existe de nombreuses raisons pour que l’entrepreneur recoure au factoring. C'est donc une erreur de croire que son utilisation est un indice de difficultés financières pour l’entreprise.

Au contraire, en exploitant au maximum les possibilités du factoring, la PME peut générer les moyens nécessaires pour favoriser son expansion, étendre sa clientèle, voire aborder des marchés auxquels elle n’avait pas accès jusqu'à présent, en raison d'un manque de liquidités.


Les avantages du Factoring
 
- Simplifier, sécuriser et améliorer sa gestion des créances clients
- Se concentrer sur son métier de base
- Dégager les créances clients de son bilan et équilibrer ses comptes
- Garantir le risque de débiteurs insolvables et  soulager sa  trésorerie
- Avancer les créances clients  et  améliorer son cycle d’exploitation

 

Avis d’expert
Hicham Daouk
DG de Maroc Factoring

Une PME pour qui le crédit traditionnel n’est pas envisageable, peut-elle se voir octroyer un financement par factoring ?

 

Le financement par factoring a été perçu pendant longtemps comme concurrent à l’offre bancaire et ce, même si les sociétés de factoring sont aussi des filiales des banques. Pour les professionnels, le factoring constitue en réalité une offre complémentaire au financement bancaire, notamment au travers des facilités de trésorerie concédées aux entreprises.
En effet, une PME en phase de démarrage ne possède pas forcément les garanties nécessaires pour se voir octroyer un prêt bancaire. C’est à ce niveau que l’affacturage peut paraître une solution alternative puisque la seule garantie est la créance cédée.
Il faut rappeler que ce mécanisme finance uniquement le cycle d’exploitation (bas du bilan) de la PME, à condition qu’elle jouisse d’une bonne gouvernance, qu’elle réponde aux conditions de transparence et que son activité et son portefeuille clients soient « factorables », c’est-à-dire solvables.
Concrètement, les factures sont encaissées avant leurs échéances permettant ainsi un gain de temps dans leur gestion et dans les tâches administratives. Ce qui évite une trésorerie tendue du fait des retards de paiement.

 

Que pouvez-vous répondre à ceux qui jugent le coût du factoring important ?

Si le coût du service Factoring est jugé important, cela est dû au manque d’informations. En effet, le droit d'affacturage englobe deux composantes.
D’une part, la commission générale de factoring, rémunère l’administration des débiteurs (conseil, analyse du risque, garantie, tenue des tableaux de bord, suivi des comptes, relance, et recouvrement). Elle ne dépasse pas 1% des factures recouvrées, TVA comprise.
D’autre part, la commission de financement, c'est-à-dire l'indemnité qu'impute le factor pour le financement de la trésorerie. Il s’agit d’un taux d’intérêt généralement indexé sur les modalités de financement à court terme qui sont en vigueur dans les milieux bancaires. L'avantage est que ce financement ne nécessite pas d'autres garanties que les créances cédées.